Salle de marché où je travaillais

Juste avant de terminer mes études, au cours d’une soirée, j’ai la grande chance de faire la connaissance d’un Francais résidant lui aussi à Londres. Tout en sympatisant nous nous rendons compte que nous venons du même coin de France, et forcément ça crée des liens. Je me fais donc un nouvel ami! En échangeant nos occupations respective sur Londres, il me dit qu’il est “trader” c’est-à-dire qu’il investit l’argent des clients du fond financier, pour lequel il travaille, dans divers produits boursiers pour faire fructifier cet argent. Intéressée, je lui demande comment entrer dans ce milieu et il me dit que pour moi le mieux serait d’être “broker” ou courtière, c’est-à-dire l’intermédiaire entre deux traders (un acheteur et un vendeur). Il me propose alors de m’aider à trouver un job grâce à ses nombreuses connaissances dans la city et le milieu financier de Londres. Evidemmment, j’accepte son offre, pensant que ceci est la chance de ma vie pour faire beaucoup d’argent et réussir socialement, mais j’allais vite déchanter. Vu la notoriété de ce nouvel ami dans le milieu de la finance à la city, je décrochais un emplois très rapidement dans une grande maison de courtage auprès de l’un de ses brokers, alors que j’étais encore en plein exams.

Les traders ont besoin des brokers pour pouvoir garder l’anonymat sur les marchés, ils ne veulent pas que tout le monde sache ce qu’ils vendent ou achètent, car cela pourrait faire fluctuer les prix en influencant les autres acheteurs et vendeurs, car en général ils vont tous dans la même direction – ils achètent ou vendent les même choses au même moment, et quand tout le monde vend, les prix baissent et quand tout le monde achète les prix montent- donc ils demandent aux brokers d’acheter ou vendre leurs produits a leurs places et ceux-ci se doivent de garder pour eux, l’identité des traders. Biensûr, il y a dans ce metier, la possibilité de faire beaucoup d’argent, mais à condition d’avoir un portefeuille de clients consequent, qui passent par vous et pas un autre, pour passer leurs ordres d’achats ou ventes.

Les brokers gagnent une commission à chaque fois qu’un ordre est executé donc plus on execute des ordres, plus on gagne. Inutile de dire que la compétition est rude parmis les brokers car les tâches professionnelles sont plutôt simple donc pour qu’un trader passe par un broker plutôt qu’un autre, il faut qu’il y est une valeur ajoutée, et beaucoup de brokers appâtent les traders en leurs faisant des cadeaux luxieux, comme des sorties ou des vacances dans les endroits chics et branchés (quand ils en ont les moyens biensûr) et en leurs fournissant des rumeurs, informations, recherches et analyses pertinentes sur ce qu’il se passe sur les marchés - des rumeurs sur qui vend quoi, qui est sera à la tête de telle ou telle enterprise? Quels seront les chiffres des marchés US (les chiffres du chomage ou encore les chiffres de la confiance des consommateurs), ces chiffres influencent énormément les investisseurs à acheter ou vendre tels ou tels produits.

Une journée au bureau (heures locale en Grande Bretagne):

6h45: Arrivée au bureau, allumer tous les écrans (Bloomberg, Eurex et autres machines de trading), éplucher le Financial Times et le Wall Street journal à la recherche d’articles pertinents à photocopier et copier coller aux clients du boss.

7h00: Les marchés des fixed incomes européens ouvrent et les premiers clients appelent pour passer des ordres.

8h00 à 18h: les marchés des actions ouvrent en Europe, là, nous commencons à jongler entre les passages d’ordres et les confirmations aux clients, les négociations de prix avec les “markets makers” (ils sont la contrepartie des traders, acheteurs ou vendeurs, ce sont eux qui créent les prix). Tout doit être très rapide et carré, une seule erreur et c’est parfois des dizaines voir des centaines de milliers d’euros de perdus que nous devons faire passer sur notre compte pour pouvoir garder le client, sinon celui-ci nous couperai la ligne (C’est-à-dire, il arrêterai de nous donner du business et prendrai un autre broker). Certains brokers sont prêt à payer des centaines de milliers d’euros pour une erreur afin de garder un client qui rapporte des millions! Souvent les brokers ne prennent pas de pause déjeuner sauf si c’est pour déjeuner avec un client.

J'avoue que grâce à ce poste j'ai développé d'excellentes capacités d'organisation, de rigueur, de rapidité, de maitrise de soi, de tact et une énorme capacité à prendre sur moi. Aussi j'ai beaucoup appris sur la psychologie de masse et celà grâce au travail pointu d'analyse que ce soit au niveau macro économique (les situations politiques et économiques globales) ou micro économique (la santé financière d'une entreprise ou d'une valeur) ou encore l'analyse technique qui consiste à étudier et analyser mathématiquement (statistiques, japanese candles, Elliot waves etc..) les courbes historiques des différentes valeurs boursières et autres marchés

A 17h le marché des actions ferment mais celui des US, qui lui ouvre à 14h30 (heure locale Angleterre) reste ouvert jusqu’à 21h. En général, il est rare que les brokers restent jusqu’à la fermeture de NY, les traders eux ont leurs Blackberry pour continuer à traiter sur ces marchés et appelent les brokers aux US directement. Les brokers à Londres quand à eux, invitent les traders à diner dans les restaurants, bars et boites de nuits branchés de la capitale pour faire du copinage. Certes les journées sont longues, mais le pire dans cet environement est le fait que les gens sont tellement omnibulés par l’argent que certaines personnes feraient presque n’importe quoi pour appâter un trader, et les techniques principales sont les coups de poignards dans le dos, le cassage de sucre pour anéantir la réputation d’un broker concurrent, les copinage extrême avec les traders pour pouvoir entrer dans leurs intimité et ainsi les faire gentiment chanter pour qu’ils continuent à donner du business et bien d’autres pratiques tout aussi anti-déontologiques, mais la liste est trop longue pour tout citer. Tout ceci ajouté aux égos démesurés de ceux qui font beaucoup d’argent et voici le cocktail idéal qui ferai perdre toute confiance et espoir en l’être humain. Bien entendu, pour quelqu’un qui a une grande obsession envers l’argent, toutes ces pratiques sont normales, le fameux “business is business”. C’est pour toutes ces raisons qu’au bout de 3 ans en Novembre 2007, je décidai de quitter ce poste fort bien payé mais tellement pauvre en relations humaines. Ces 3 ans m’ont laissé déprimée, aigris et pleine de colère. Il m’aura fallut de long mois à m’en remettre et après un long voyage de 6 mois autour du monde, je faisais enfin la paix avec moi même :-) Et oui, l’argent contribue sûrement à un certain bonheur mais la poursuite de l’argent, en tout cas, est un grand malheur. (La suite bientôt :-)